
En adaptant le roman de son frère Panayotis, La prochaine fois que tu mordras la poussière, Paul Pascot déplace le centre du récit vers l'exploration de la relation père-fils.
Dans une salle d’attente d’hôpital, un fils se tient suspendu entre la vie de son père et la sienne. Vêtu d’un jogging, capuche rabattue, arpentant les lieux, il reprend le fil de son histoire intérieure, revisite des scènes anciennes et façonne une parole chargée de sens et de désir de lien.
Le père surgit alors parmi les spectateurs, figure à la fois proche et lointaine, offerte au regard du fils comme à celui du public. Ce dispositif instaure une tonalité singulière.
Dès les premières scènes, l'intensité des non-dits et des tensions accumulées se fait sentir.
En arrière-plan, d’autres dimensions se dévoilent : une fragilité dépressive, une interrogation identitaire, notamment autour de l’homosexualité.
Ce lien à la figure paternelle rappelle en filigrane l’analyse de Guy Corneau, dans son ouvrage Père manquant, fils manqué sur le silence du père, l’incertitude du fils et la construction de la masculinité.
Roméo Mariani incarne le fils avec une endurance stupéfiante : 1h30 d’un monologue d’une grande fluidité, souple, où le débit de parole impressionne par sa tenue et sa variation. Yann Pradal, en père taiseux, complète ce duo par une présence mesurée, essentielle au miroir de la scène. Ensemble, ils dessinent la tension et la retenue d’un même souffle : deux êtres si proches dans leur façon de retenir, de contenir, d’approcher l’émotion.
Dans ce tissage se devine une tendresse partagée, discrète, presque symétrique, celle d’une transmission possible : celle d’un lien qui, plutôt que de se résoudre, continue de se chercher, avec douceur, pudeur.
Ce qui agit profondément ici est la force de résonance que la scène suscite. Dans l’obscurité de la salle, chacun peut entrevoir l’écho de ses failles et de ses ajustements imparfaits, là où se tissent, parfois à son insu, les scénarios intimes de la filiation et du manque.
Le théâtre se fait révélateur de ces difficultés essentielles, si présentes dans l’espace thérapeutique : être, aimer, être aimé, se sentir légitime, reconnu.... Il a ce pouvoir de libérer la parole là où tant de fragilités et de blessures restaient jusque-là tues.
On sort de la représentation avec le sentiment d'avoir traversé une expérience intérieure vibrante qui continue de nous habiter bien après la dernière scène.
Merci au Théâtre le Forum pour la richesse et la diversité de sa programmation qui ouvre à chaque fois de nouveaux espaces de réflexion, d’émotion et de partage.
Par Michèle Freud, psychothérapeute
Théâtre Le Forum, avril 2026
Par Michèle Freud, Psychothérapeute
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