Michèle FREUD
Psychothérapeute, Praticienne en EMDR et en thérapies brèves

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Les chroniques de la psy au théatre

La blessure et la soif

par Catherine Schaub

J’aime le théâtre. Le jeu d’acteur me fascine. J’aime cet absolu où le comédien, totalement habité par son personnage, le laisse se déployer à l’intérieur de lui-même. Par son incarnation corporelle, à travers sa gestuelle, le rythme et le phrasé du texte, il vit totalement son personnage, jusqu’à s’y confondre.

Cette relation troublante entre le soi et cet autre soi n’est-elle pas le cœur même du paradoxe du comédien ?

Dès lors s’impose la question du mouvement psychique qui permet une telle acuité dans l’incarnation. La part d’ombre du personnage entre-t-elle en résonance avec l’inconscient de celui qui le joue ?

Pour Louis Jouvet, comédien, metteur en scène et directeur de théâtre au siècle dernier, « la mise en dialogue de l’inconscient du comédien avec la part d’insondable du personnage est un élément fondamental à l’incarnation du rôle. Les mots d’une phrase sont les traces et les cicatrices des sentiments de l’auteur et/ou du personnage."

L’autre soir, au théâtre le Forum Estérel-Cote d'Azur, cette incarnation-là était si perceptible quand Fanny Ardant, « l’éternelle amoureuse », telle que la décrit Pascal Louvrier dans un ouvrage qui lui est consacré, nous livre dans un monologue passionné d’une heure trente, son embrasement du désir.

Dans La Blessure et la soif, d'après le roman de Laurence Plazenet mis en scène par Catherine Schaub, Fanny Ardant nous plonge au cœur du XVIIe siècle pour nous relater une grande histoire d’amour contrariée. Du roman, très dense, la scénariste n’a conservé que la relation interdite entre Mme de Clermont et son amant, le chevalier de la Tour. La pièce donne la parole à la belle amoureuse emportée par les tourments de la chair.

Le rideau se lève dans une pénombre éclairée par la lune. Le décor est épuré : une fenêtre, des rideaux noirs, des sièges recouverts de tissu gris - l'un fera office de lit - et un prie-Dieu.

Seule sur scène, dans sa longue robe bleu nuit satinée, Fanny Ardant apparaît. La comédienne incarne avec une intensité particulière la Duchesse de Clermont, épouse et mère de quatre enfants qui s’abandonne à une liaison adultère dans les bras de M. de La Tour, neveu de son mari. Plus rien ne compte que cet amour interdit. Au fil d’un monologue qu’elle habite avec incandescence, on l’écoute détailler les affres d’une passion extrême qui la consume jusqu’à se donner la mort. L’intelligence et la justesse du personnage nous fascinent.

Fanny Ardant, c’est une grâce scénique d’une sensibilité particulière, un timbre de voix reconnaissable entre tous et une présence majestueuse.

Séduit par sa prestation, le public du Théâtre du Forum a longuement ovationné cette comédienne à l’éloquence et à l’interprétation magistrales.

Longtemps encore, bien après la représentation, sa voix chaude, hypnotique et envoûtante a résonné dans ma tête.

Michèle Freud

Octobre 2024, au Théâtre le Forum