Michèle FREUD
Psychothérapeute, Praticienne en EMDR et en thérapies brèves

Formations

Facebook
Tél : 04 94 40 44 71
accueil > Les chroniques de la psy au théatre

Les chroniques de la psy au théatre

White Dog

D’après l’œuvre autobiographique de Romain Gary, adaptation de Brice Berthoud et Camille Trouvé

 


White Dog entraîne le spectateur dans l’Amérique des années 60, à l’heure où l’assassinat de Martin Luther King ravive des fractures déjà béantes. La lutte pour les droits civiques se heurte à une société profondément divisée, marquée par la ségrégation, la peur et l’affrontement. Ce contexte historique et politique constitue la trame du récit.

Romain Gary et Jean Seberg recueillent un chien abandonné, Batka. L'animal se montre d'un abord doux et affectueux. Pourtant, l'irruption d’un ouvrier noir dans la propriété déclenche une bestialité fulgurante, inattendue, balayant toute cohérence avec la douceur précédemment affichée.

Cette rupture soulève une question centrale : quelle part d’ombre se rejoue là et d’où vient cette hostilité ?

En menant son enquête, Gary découvre que Batka descend d’une lignée de Wild Dogs dressés pour attaquer les Noirs. Cette filiation suggère que la haine peut précéder la pensée, s’inscrire dans les gestes et les réflexes, à la manière d’un héritage transmis.

Romain Gary se trouve confronté à un dilemme éthique : renoncer et se séparer de l’animal, ou tenter de modifier ce qui a été inculqué. Tandis que Jean Seberg s’engage politiquement pour infléchir le cours du monde, Gary concentre ses efforts sur le reconditionnement du chien, cherchant à réparer ce qui se transmet et persiste.

Batka est alors confié à Keys, employé de zoo, affirmant pouvoir intervenir sur cette haine intégrée. Sa méthode repose sur un renversement troublant : déplacer la cible, apprendre au chien à attaquer le Blanc plutôt que le Noir. Ce procédé met en lumière une logique de manipulation : Batka devient l’objet d’un apprentissage imposé, où la violence circule sans conscience, comme un transfert de haine.

Le recours à la marionnette renforce cette lecture clinique. Chaque geste répété traduit la persistance de schémas anciens et montre comment l’expérience façonne durablement les comportements. La marionnette devient une métaphore sensible d’une intériorité traversée par des réflexes hérités.

White Dog étend cette logique au champ social. Le racisme y apparaît comme une réponse automatique à une menace construite. Il rappelle des mécanismes observés dans la clinique du traumatisme ou de la radicalisation, où certains sujets reproduisent des schémas intégrés, parfois longtemps avant toute élaboration consciente.

La mise en scène soutient cette réflexion. L’univers de papier agit comme un révélateur de vulnérabilité et de tension. La musique, portée par la batterie d’Arnaud Biscay, impulse un rythme continu, tel un souffle qui relie l’ensemble. Sur scène, récit, gestes et sons tracent les contours d’une haine apprise, tout en laissant entrevoir l’hypothèse d’un désapprentissage.

Le spectateur se place dans une posture proche de celle du clinicien : observer, comprendre et percevoir les ouvertures possibles.

Vouloir sauver Batka devient alors un acte réparateur, porteur d’un espoir fragile. À travers lui se dessine le rêve d’une société où la haine cesserait de se transmettre, un écho à l’élan porté par Martin Luther King, peu avant son assassinat : I have a dream.

La compagnie Les Anges au Plafond affirme un théâtre profondément humaniste, un théâtre qui touche, interroge et laisse une empreinte durable.

Bravo et merci au théâtre Le Forum pour l’éclectisme des programmations. Chaque représentation est une invitation à voyager, rêver et s’émerveiller. Un vrai plaisir à partager !

Théâtre le Forum, le 20 janvier 2026

Par Michèle Freud